Pourquoi je suis protestant(e) ?

Être protestant, ça veut dire quoi pour vous ?

Février 2018 : voici la réponse de Madame Andrée Liesse :

Pourquoi je suis protestante, ou pourquoi je ne suis plus catholique! ? Dans ma jeunesse, il n’était pas autorisé aux catholiques de lire la Bible. Je croyais en Dieu, mais je restais sur ma faim. À travers sa Parole annoncée, entendue, lu et méditée, c’est le Ressuscité qui vient et qui se révèle à tout un chacun. Je veux partager avec vous 2 versets qui me guident plus particulièrement :

« Quiconque reçoit sa Parole et met sa confiance en Lui, est renouvelé, recréé. Si quelqu’un est en Christ, il est une nouvelle créature ». 2 Corinthiens 5, verset 17.

« Moi, je demanderai au Père de vous donner un autre défenseur pour qu’il soit avec vous pour toujours, l’Esprit de la Vérité que le monde ne peut pas recevoir parce qu’il ne le voit pas et ne le connaît pas ». Jean 14, versets 16 et 17

J’ai eu la joie de me laisser recréer par l’Esprit de la Vérité et j’ai reçu la paix de Dieu que je souhaite à tous mes frères et sœurs en Christ ! Andrée Liesse

Avril 2017 : voici la réponse de Madame Christiane Diéterlé :

Ce n’est pas parce que ma famille l’était, ou pas seulement, bien que ce soit en grande partie grâce à mes parents.

Mes deux parents étaient des protestants très convaincus. Ils étaient de tendance libérale, attachés à la prédication du Foyer de l’Âme, paroisse parisienne fondée par Charles Wagner. Par ailleurs, leur protestantisme était de celui qui encourage la liberté de penser et de débattre comme celle de critiquer voir de résister, et suscite des engagements sociaux en particulier.

Mais, en ce qui me concerne, j’ai vécu une longue période de sécheresse intérieure, pendant la préadolescence et l’adolescence, suite à la mort d’une personne proche. Je ne pouvais tout simplement « pas y croire ». Puis j’ai participé à des camps de la Fédé (Fédération Française des Associations Chrétiennes d’étudiants), mouvement de jeunesse très actif jusqu’à sa disparition en 1968 et fortement marqué dans les années 50 par le Renouveau biblique d’après guerre. À ces camps, la lecture en groupe des textes bibliques a été une révélation pour moi : une lecture informée, libre et interrogatrice. J’ai découvert la richesse existentielle de ces textes et j’en suis tombée amoureuse pour le reste de ma vie. Côté vie paroissiale, ma sœur et moi nous allions au culte – c’était obligatoire dans la famille… mais aussi à la messe dans une paroisse catholique fondée par des prêtres ouvrier. Nous avions de longues discussions personnelles avec eux.

Si j’ai cependant choisi d’être protestante, c’est à cause de la place que la Bible a dans le protestantisme.

Pourquoi je suis protestante ? Les textes bibliques ne sont ni moralistes ni dogmatiques. Ils n’enferment pas dans des opinions faites et ils sont inépuisables. Je l’ai vécu constamment comme bibliste et comme animatrice biblique. Je suis protestante pour honorer ces textes ; les mises en route qu’ils suscitent et les résistances qu’ils impliquent. Nous sommes à une période de l’histoire où, comme à d’autres périodes, en particulier il y a 500 ans, la résistance est nécessaire, résistance aux pouvoir, à l’argent, à la surconsommation, à l’exclusion.

Voilà le « pour quoi » de mon attachement au protestantisme. Christiane Dieterlé.

Janvier 2017 – Voici la réponse de Madame Annick Mer cette question :

Professeur de philosophie à la retraite, je suis revenue m’installer à Tournon sur Rhône, la ville de ma naissance.

Comme Simone Valla (une amie de ma mère) et Nicole de Michaux, je me rallie aux texte de Robert Géal, mais ma réponse à la question posée est peut-être plus personnelle.

Pour moi être protestant, c’est être comme ma grand-mère qui vivait sur le Haut Plateau ardéchois à Saint Agrève dans des conditions difficiles. C’est avoir la foi chevillée au corps, cette foi qui permet de se relever après chaque épreuve, qui permet d’avancer dans la burle ou la tourmente, qui permet de ne jamais se sentir abandonné.

Être protestant c’est aussi être généreux (avec autrui, mais aussi avec soi-même), calme et serein (de ce calme et de cette sérénité qui accompagne aussi le philosophe).

Une dernière remarque : peut-être faut-il aussi réfléchir à la question : « que signifie exister comme protestant ? »

(Passerelle n° 98)

Novembre 2016 – Voici la réponse de Madame Nicole de Michaux :

D’abord parce que je suis née dans une famille protestante. Donc il y eut baptême, école du dimanche, catéchisme, communion, mouvement de jeunesse, chorale…

C’était comme ça et je ne renie en rien toutes ces étapes qui ont certainement contribué inconsciemment à un cheminement plus tardif au moment de l’adolescence et de la maturité quand le regard des autres vous amène à vous poser des questions.

Comme tous le monde j’ai eu et j’ai mes moments de doute, mais la communauté m’a toujours ramenée vers elle, elle me manquait. Comme Simonne Valla, je me rallie au texte de M. Robert Géal, qui résume pour moi très bien la question.

Pendant de longues années, nous avons participé, Gérard et moi, aux réunions œcuménique qui nous ont ouverts au catholicisme et qui nous ont permis aussi de mieux connaître notre propre religion. Comme toutes, rien d’original dans le « pourquoi je suis protestante ? »

Je garde en moi la conviction que Dieu aime chacun de ses enfants et ainsi aimée de Dieu j’avance pas-à-pas en confiance avec la Bible à mon chevet et un environnement spirituel et réformé qui convient à l’expression de ma foi, si fragile parfois et « qui se vit comme un secret.

(Passerelle n°97)

Merci à Madame Simone Valla pour sa réponse :

Je suis tout à fait de l’avis de Monsieur Géal. J’ai exercé toute ma carrière dans « l’enseignement public » et je n’ai jamais eu honte de fréquenter l’Église protestante, ma religion, et tant que j’ai pu aller au temple le dimanche, personne n’a trouvé à redire !

N’ayons pas peur de porter notre belle croix huguenote !

D’ailleurs, sauf erreur de ma part, ce sont les huguenots qui ont fondé à Paris la première école supérieure pour former des professeurs de l’enseignement public ! Et bon nombre de nos « grands hommes » – même politiques – sont des coreligionnaire… mais s’ils n’en parlent pas trop.

Alors servons notre Dieu sans scrupule.

Bravo pour la République qui nous a donné le bonheur d’être libres, de pratiquer notre belle religion comme nous l’entendons, nous a donné la liberté de conscience.

Et comme Monsieur Géal, mon collègue, j’affirme :

Seule la foi sauve, seule la grâce sauve et la Bible est notre référence.

À Dieu seul la gloire pour l’éternité.

(Passerelle n°96)

Merci à Monsieur Robert Géal pour sa réponse : 

Belle question à laquelle on aimerait pouvoir donner une réponse digne de la demande. Malheureusement, je n’ai ni les qualités, ni la compétence. Aussi est-ce avec timidité que j’envoie ma contribution à « Passerelle ».

Pour, moi, être protestant c’est d’abord faire siens les principes fondamentaux de la Réforme qui peuvent se résumer ainsi :

Seule la foi sauve, Seule la grâce sauve, Seule l’Écriture

À Dieu soit la gloire !

◊ Quatre principes qui, au 16e siècle, furent révolutionnaires et qui le sont restés, même si aujourd’hui on n’en perçoit plus le côté radicale.

◊ Quatre principes qu’il faut méditer et dont il faut déduire toutes les conséquences et en particulier la différence qu’ils impliquent par rapport au catholicisme.

Pour moi, être protestant c’est ensuite être un lecteur et singulièrement, un lecteur de la Bible. C’est dans ce texte que Dieu se cache (Ps 10). Or, pour connaître Dieu, le protestant est seul avec sa Bible. Pas de Pape, pas de clergé, pas de tradition pour lui mâcher la besogne. le pasteur est un enseignant, pas un prêtre. Il est là pour aider, pas pour donner la solution. Or le Texte est touffus, difficile, redondant, contradictoire, déconcertant. Il faut lire, relise, s’armer de courage et cent fois résister à l’envie de jeter le manche après la cognée. Heureusement, on trouve aujourd’hui des Bibles dont chaque bas de page offre une kyrielle de notes explicatives, on trouve aussi d’excellent commentaire de spécialistes. Alors le vrai lecteur, entraîné par le désir de bien comprendre le Texte, devient lui-même chercheur et pour première récompense, il constate que plus il avance, plus c’est intéressant.

Pour moi, être protestant, c’est aussi manifester un certain éloignement à l’endroit des manifestations ostentatoires de la foi que ce soit sous la forme de rites, de pèlerinages, de médailles ou de signes vestimentaires. C’est également se méfier d’une foi arrogante, bétonnée, qui a réponse à tout. La foi se nourrit d’interrogations et de doute : Elle est humble, modeste, pudique. Elle se vie comme un secret.

Pour moi être protestant, c’est encore avoir assez d’indépendance et de personnalité pour résister aux modes et ne pas se laisser impressionner par les jusqu’au-boutistes de l’œcuménisme qui risquent de sacrifier la richesse de la diversité à la pauvreté de l’uniformité. Être réticent à ce type d’œcuménisme n’empêche pas, bien au contraire, d’éprouver intérêt, estime et amitiés pour les catholiques.

Pour moi, être protestant, c’est enfin être un partisan convaincu de l’école laïque qui est l’école de la liberté de conscient et de la fraternité. C’est être conscient que la laïcité est notre meilleure règle pour vivre ensemble et notre meilleur rempart contre le fanatisme qui est tapi au cœur de chaque religion. Il arrive que ce fanatisme se réveille comme nous l’avons vu récemment. Cela devrait nous rendre vigilants.